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Travailler en Suisse, étape par étape

J’ai vu des familles tout plaquer, cramer leurs économies en Airbnb et faire demi-tour. À chaque fois, c’est la même chose : elles ont sauté les premières étapes. Voici l’ordre que je te conseille.

Par , mis à jour le

Aymeric dans une rue de Genève

Déjà, il n’y a pas d’Eldorado

Il n’y a pas de pays parfait. Il n’y a que des compromis.

  • Ce qui joue pour toi
    • Les salaires sont plus hauts.
    • C'est une méritocratie : on regarde ce que tu apportes.
  • Ce qui joue contre toi
    • Tu bosses généralement 42 heures par semaine.
    • Sans situation, un logement n'est pas plus facile à trouver qu'en France.

Alors avant de faire ton CV, pose-toi la seule question qui compte : qu’est-ce que tu vas apporter au marché suisse ? Le reste passe après.

Étape 1 : décide vraiment, et sache pourquoi

La plupart des gens ne sont pas décidés. Ils testent, ils regardent, et au premier refus, c’est terminé. Note sur un papier pourquoi tu pars. L’argent peut être une raison de venir, mais ce n’est jamais ce qui te fait rester.

Puis vérifie que ton métier a de la demande. Et ne me le demande pas à moi, demande au marché :

  • Appelle les agences de placement de ton secteur. Medicalis pour la santé, par exemple, ou Securitas pour la sécurité.
  • Regarde si ton métier revient souvent sur les sites d’emploi et sur les sites des entreprises.
  • Compte les entreprises de ton secteur. S’il y en a beaucoup, c’est bon signe.

Et regarde ton budget. J’ai fait une page rien que là-dessus, parce que c’est là que beaucoup se plantent.

Étape 2 : organise-toi

C’est l’étape que tout le monde néglige, et c’est elle qui fait la différence. Note noir sur blanc :

  1. Le temps que tu te donnes pour réussir : 6 mois, un an.
  2. La liste des entreprises de ton secteur, avec le nom des responsables si tu peux.
  3. Les agences de placement de ton secteur, et celles des métiers proches.
  4. Les cantons que tu vises.
  5. Ta date limite pour finir ton dossier. Ça peut se faire en une ou deux semaines, j’en ai vu y passer deux mois.
  6. Ton créneau de recherche. Par exemple, chaque soir de 19h30 à 20h30.
  7. Ton plan B. Si tu n’as aucun entretien après deux mois dans un secteur, tu passes au suivant.

Étape 3 : prépare ton dossier de candidature

C’est ton passeport d’entrée. Si tu as passé deux heures sur ton CV, il n’est pas bon. Un dossier complet, ce n’est pas juste un CV :

  • Un CV au format suisse, avec une photo et tes diplômes convertis.
  • Une lettre de motivation courte.
  • Tes certificats de travail et tes lettres de recommandation.
  • Des références sérieuses. Ils appellent souvent, alors ne mets pas ta grand-mère.

Étape 4 : candidate en volume

Là, c’est la traversée du désert. Voilà ce qu’on observe en moyenne chez les gens qu’on accompagne, pour 100 candidatures envoyées. Ça dépend du profil et du secteur.

  • 20 à 25réponses reçues, positives et négatives
  • 12 à 15réponses négatives
  • environ 8entretiens obtenus
  • 1 à 2offres

Donc tu envoies, tu relances, tu appelles. Et oui, c’est injuste : quelqu’un dont le métier est très demandé trouvera en dix candidatures. Bienvenue dans le monde.

Tu peux aussi passer par les agences d’intérim, comme Ludovic, ou déposer tes CV sur place si ton métier s’y prête : restauration, vente, bâtiment. Pour les métiers très qualifiés, oublie, passe par le web.

« On a une énorme chance à portée de main, à 15 minutes de route. Là, on a un énorme potentiel. »
Ludovic, 28 ans, agent de sécurité

Étape 5 : prépare l’entretien pour de vrai

Les entretiens suisses sont plus exigeants, ils peuvent se le permettre. Prépare-toi :

  • Renseigne-toi sur les valeurs et la vision de l’entreprise.
  • Ne mens pas sur ton niveau d’anglais, ils vont le tester.
  • Fais-toi challenger par quelqu’un qui joue le recruteur.
  • Prépare tes questions. Quand on te demande si tu en as et que tu réponds non, tu perds des points.

Montre aussi que tu as le choix. Un entretien, c’est un peu un jeu de charme : on veut savoir si ce sera agréable de bosser avec toi tous les jours.

Étape 6 : le permis, l’assurance et le compte

Une fois le contrat signé, c’est l’administratif. Si tu es français, c’est simple. Le permis vient après le contrat, pas avant. Tu auras aussi un compte à ouvrir et une assurance maladie à choisir. Là, une erreur peut te coûter des centaines d’euros par mois : Ludovic a payé 400 € par mois au début, avant de tomber à 160 €.

  • Frontalier
    • Tu vis en France.
    • Tu bosses en Suisse.
  • Résident
    • Tu t'installes en Suisse.
    • Tu vis et tu bosses au même endroit.

Il n’y a pas de meilleure option, juste celle qui te correspond, et rien n’est figé. Je compare les deux ici.

Étape 7 : le logement, en dernier

Sauf cas particulier, tu cherches d’abord le travail. Je t’explique pourquoi ici. Et il n’y a pas de recette magique : il faut un contrat, une bonne situation, et bien te présenter.

Et après : ça ne fait que commencer

Quand tu arrives en Suisse, le match n’est pas terminé. Ton premier boulot ne sera pas forcément celui où tu resteras. Monte en compétences, travaille ton anglais, va vers les gens. Et comporte-toi comme ce que tu es : un invité.

Si tu ne restes que quelques années, profites-en pour mettre de côté et construire quelque chose. C’est ce que j’ai fait.

Dans ce guide

Trois parcours, trois réalités

  • Parcours

    Ludovic, en interview

    Ludovic, 28 ans

    Agent de sécurité · Genève

    1 300 €4 000 € net

  • Parcours

    Hugo, en interview

    Hugo, 21 ans

    Opérateur de production en usine (assemblage) · Canton du Valais

    2 000 €4 500 € net

Les questions qu’on me pose

Combien de temps ça prend pour trouver un travail en Suisse ?

Pour les personnes qu’on accompagne, c’est souvent 3 à 6 mois. Si tu dois passer une équivalence de diplôme, compte plutôt un an. Et certains trouvent en une semaine en déposant des CV sur place : ça dépend surtout de ce que tu apportes au marché.

Est-ce que je dois parler allemand ?

Non, pas pour la Suisse romande. Genève, Vaud, Neuchâtel, Fribourg et le Valais francophone travaillent en français. Un bon anglais t’ouvre aussi des portes dans des entreprises internationales, même côté alémanique, surtout si tu n’es pas face aux clients.

Je n’ai pas la nationalité européenne, c’est possible ?

C’est très difficile, je préfère te le dire. Sans nationalité européenne, à part certains métiers très recherchés comme dans la santé, c’est quasi impossible. Avec un titre de séjour français, c’est aussi beaucoup plus compliqué. Vérifie ta situation sur le site officiel du SEM avant de dépenser quoi que ce soit.

Faut-il viser Genève ?

C’est l’erreur classique. Il y a 26 cantons. Vaud, Neuchâtel, Fribourg et le Valais parlent français, et certains secteurs y sont moins saturés. Regarde où sont les entreprises de ton métier, pas seulement où tu as déjà entendu parler.

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