Suisses et frontaliers, les tensions
Oui, il y a des tensions autour des frontaliers. Non, tu ne vas pas te faire courir après. La plupart des témoins parlent de blagues et de réticences, rarement d’agressivité. La règle est simple : tu es un invité, alors tu te comportes comme un invité.
Par Aymeric MB, mis à jour le

Ce que ça représente
Il faut comprendre d’où ça vient. Mets-toi à la place de quelqu’un qui vit là-bas.
- 414 262frontaliers en Suisse à fin juin 2026
- 46 496dans le canton de Vaud, soit 9,4 % des emplois
- 114 700à Genève à fin mars 2025, 28 % du total suisse
Dans Vaud, ils représentaient 6,7 % des emplois en 2016. Ça se voit, sur les routes le matin et dans les entreprises. Un commentaire très aimé sous une de mes vidéos sur Annecy demande simplement qu’on arrête de venir, parce que les gens qui s’installent font monter les prix pour ceux qui vivent là. Tu peux ne pas être d’accord, mais c’est un sentiment réel.
Ce qu’on entend, des deux côtés
- Ce que certains reprochent
- Tu prends un poste et tu dépenses ton salaire ailleurs
- Tu acceptes moins cher, donc on me remplace
- Tu fais monter les loyers autour de la frontière
- Tu arrives et tu expliques comment il faudrait faire
- Ce que disent ceux qui emploient et travaillent
- Des secteurs manquent de monde, la santé par exemple
- L'employeur cherche une compétence et sa rentabilité
- Un frontalier fait tourner des entreprises et des services
- Celui qui bosse bien est gardé, d'où qu'il vienne
Une personne m’a écrit qu’elle s’était fait licencier, remplacée par un frontalier moins cher, et qu’elle galère depuis trois ans. Je ne partage pas sa conclusion sur les frontaliers ni sur mes vidéos, mais je ne vais pas faire comme si ça n’existait pas.
Moi aussi, j’ai perdu un boulot comme ça, dans le bâtiment. Je n’étais pas assez rapide, je coûtais trop cher, et on m’a remplacé par un ouvrier venu de Roumanie. Je ne lui en ai pas voulu : le gars se bougeait. Ce qui protège, c’est de ne pas être interchangeable.
Ce que vivent les frontaliers

« Ils ne sont pas agressifs, et ce n'est pas tous les Suisses. »
Raphaël parle d’une réticence quand on voit sa plaque, qui finit par se détendre. Romain dit n’avoir rien perçu, ni au travail ni dans les transports. Ludovic répond que tu n’en vois pas grand-chose au quotidien, et que c’est surtout ce qu’on entend sur les réseaux. Salimou, lui, dit qu’il y en a beaucoup qui n’aiment pas les Français. Steve a trouvé un mot sur sa voiture le lendemain de son arrivée, et c’est la seule expérience de ce genre qu’il raconte en dix ans.
Tu vois : ce n’est pas la même chose pour tout le monde. Pour ce qui touche à la couleur de peau ou à l’origine, j’ai fait une page à part.
Et sur les salaires ?
Je ne vais pas te vendre une réponse simple. Oui, des employeurs embauchent des frontaliers parce qu’ils coûtent moins cher, je l’ai entendu d’entrepreneurs eux-mêmes. Et oui, il y a des contrôles.
En 2025, le SECO compte 38 567 entreprises et 147 286 personnes contrôlées. Il signale une sous-enchère chez 10 % des entreprises suisses contrôlées. Ces contrôles ciblent les secteurs les plus exposés : ce chiffre ne vaut pas pour tout le pays.
Ton rôle à toi : ne pas casser le marché. Renseigne-toi sur le salaire minimum et sur la convention de ton secteur avant de signer.
Tu es un invité
Personne n’est venu te chercher chez toi. C’est toi qui as frappé à la porte. Voilà comment je vois les choses :
- Respecte les règles, toutes. Sur la route notamment. Une bêtise coûte beaucoup plus cher que chez toi, et un retrait de permis peut te coûter ton travail.
- Écoute avant de corriger. Ça fait des années qu’ils font comme ça, et ça marche.
- Ne compare pas en permanence. Personne n’a envie d’entendre comment c’était mieux ou moins bien chez toi.
- Parle de « nous », pas de « moi ». Le côté collectif compte beaucoup. Se mettre en avant sans arrêt passe mal, surtout en entretien.
- Ne réponds pas aux provocations. Une blague sur les Français, tu peux en rire.
- Sois carré. Ponctuel, propre, fiable. C’est ça qui fait que les réflexions s’arrêtent.
Et si tu veux t’installer pour de bon, regarde aussi ce que ça change d’être résident plutôt que frontalier. Changer de pays, c’est changer de vie.
Ceux qui passent la frontière tous les jours
Parcours

Raphaël, 36 ans
Conseiller en assurance maladie · Lausanne
Parcours

Romain, 21 ans
Informaticien
1 600 €4 500 € netParcours

Abigaad, 27 ans
Serveur · Genève
Les questions qu’on me pose
Les Suisses n’aiment pas les Français ?
Certains non, beaucoup s’en moquent, et d’autres ont des amis français. Tu entendras des blagues, peut-être une réflexion sur ta plaque. Romain, par exemple, dit n’avoir rien ressenti au travail ni dans la rue. Raphaël parle d’une réticence qui se détend vite.
Les frontaliers font baisser les salaires ?
Certains le pensent, y compris un frontalier qui m’a écrit. Je n’ai pas de chiffre qui mesure cet effet pour toi. Ce qui est vérifiable : des contrôles existent, et en 2025 ils ont touché 38 567 entreprises. Ne signe pas en dessous de ce que prévoit ton canton ou ta convention.
On me dit de rentrer chez moi, je fais quoi ?
Tu ne réponds pas sur le même ton. Steve a trouvé un mot de ce genre sur sa voiture le lendemain de son arrivée, et il est resté dix ans. Si ça devient du harcèlement au travail, garde des traces et parles-en à ta hiérarchie ou à un centre de conseil.
Vaut-il mieux devenir résident pour éviter ça ?
Ça peut aider sur le long terme. Vivre sur place, c’est montrer que tu t’installes. Mais ça n’est pas qu’une question d’image : regarde les chiffres de chaque option.
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Mes sources
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