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Le racisme en Suisse, au travail

Le racisme existe en Suisse, comme ailleurs. Les chiffres officiels le montrent, et des témoins le racontent. D’autres disent n’avoir rien vécu. Je ne vais pas te dire ce que tu vas ressentir : je vais te dire ce qu’ils disent, et ce que tu peux faire.

Par , mis à jour le

Raphaël en interview

D’où je parle

Je suis métissé. Je ne suis pas le plus noir, comme je le dis dans la vidéo. Je travaille tous les jours avec des recruteurs suisses, et je n’en ai jamais entendu un dire qu’il ne prenait pas quelqu’un à cause de sa couleur. C’est mon expérience, et elle a une limite : un recruteur ne va pas forcément le dire devant moi.

Alors je ne vais pas te dire « il n’y a pas de racisme ». Ce serait faux, et ce n’est pas à moi de le dire à ta place.

Ce que disent ceux qui sont concernés

Qui Ce qu’il ou elle raconte
Mariama, 23 ans, Lausanne, espagnole d’origine marocaine et guinéenne Un tout petit peu de racisme, plutôt envers les étrangers en général. Elle dit être partie d’Espagne en partie à cause de ça.
Raphaël, 36 ans, frontalier Il dit l’avoir ressenti comme frontalier plus que pour sa couleur. Pas d’agressivité.
Salimou, 34 ans, frontalier à l’époque Il sait que ça existe, il a déjà croisé des racistes, mais il dit que ça ne lui a jamais mis de bâtons dans les roues.
Abigaad, 27 ans, venu de Guadeloupe Pas spécialement. Il compare avec ce qu’il a vécu ailleurs.
Steve, 51 ans, de mon équipe, Français Un mot sur sa voiture le lendemain de son arrivée à Lausanne. C’est la seule expérience de ce genre qu’il raconte.
Ce sont leurs mots et leurs expériences, tirés de leurs interviews. Ils ne parlent que pour eux.
« Moi, je dirais que c'est du racisme, mais un racisme un peu réservé. »
Mariama, 23 ans, employée de restauration et agente de nettoyage

Ce qu’elle décrit est intéressant : pas d’insultes, plutôt des gens qui ne te montrent pas tout de suite ce qu’ils pensent. Tu peux aussi avoir du mal à entrer dans des groupes d’amis, mais ça, beaucoup d’étrangers le disent, quelle que soit leur origine.

Un abonné noir, installé depuis dix ans, a écrit sous une de mes vidéos qu’il ne ressent presque rien, dans sa vie comme dans ses opportunités, à de très rares exceptions près. Lui aussi parle pour lui.

Ce que disent les chiffres officiels

  • 52 %des victimes de racisme l'ont vécu au travail ou en cherchant un emploi
  • 31 % contre 10 %discrimination raciale chez les demandeurs d'emploi, issus de la migration ou non
  • 1 245cas traités par les centres de conseil en 2025, dont 17 % au travail
  • 33 %de ces cas concernent le racisme envers les personnes noires

Les deux premiers chiffres viennent de l’enquête Vivre ensemble en Suisse de 2024, publiée par le Service de lutte contre le racisme. Les deux autres viennent du rapport 2025 des centres de conseil, qui ne prétend pas recenser tous les cas. Les personnes qui signalent ne représentent pas tout le monde. Mais ça suffit pour dire que le sujet est réel, et que le travail fait partie des endroits où ça se passe.

Si tu enchaînes les refus

Jean-Yves, 43 ans, responsable logistique, m’a écrit : six mois de recherche, trois entretiens, rien au bout. Il me demandait si sa couleur de peau pouvait être un frein. Je lui ai répondu que je ne pensais pas que ce soit la raison principale. Je ne peux pas le prouver pour son cas précis. Par contre, voilà ce qu’on peut vérifier, et que je regarderais pour n’importe qui :

  • Ton dossier est cohérent ? Adresse, téléphone, permis : si ça ne colle pas, tu n’es pas rappelé. Voir l’adresse sur le CV.
  • Ton diplôme est reconnu ? Certains métiers demandent une équivalence.
  • Il te manque une langue ? Un employeur peut en avoir besoin pour ses clients.
  • Tu vises une période creuse ? Restauration et bâtiment ont leurs saisons.
  • Ton entretien est au point ? Un discours trop centré sur toi passe souvent mal. Voir l’entretien en Suisse.

Si tout est en ordre, tu as le droit de te poser la question. Ce n’est pas une excuse : c’est une possibilité, et les chiffres le disent.

Si ça t’arrive vraiment

  1. Note les faits : date, lieu, personnes présentes, mots exacts.
  2. Garde les messages, annonces et refus écrits.
  3. Au travail, parles-en à quelqu’un de confiance, aux ressources humaines ou à ton syndicat si tu en as un.
  4. Contacte un centre du Réseau de conseil pour les victimes du racisme, via network-racism.ch.
  5. Fais-toi expliquer tes droits avant d’agir : ce n’est pas une page web qui peut te dire ce que vaut ton dossier.

Si tu veux un regard extérieur sur ton dossier, l’accompagnement peut aider sur ce qui dépend de toi. Lis aussi les tensions entre Suisses et frontaliers, c’est un autre sujet.

Ils en parlent dans leur interview

Les questions qu’on me pose

Je suis noir, est-ce que ça va me bloquer pour trouver un travail ?

Je ne peux pas te répondre pour toi. Je n’ai jamais entendu un recruteur de mon équipe refuser quelqu’un pour ça, et tu verras beaucoup de diversité dans les entreprises. Mais les chiffres officiels montrent que la discrimination à l’embauche existe. Travaille tout ce qui dépend de toi, et ne te reproche pas ce qui n’en dépend pas.

Y a-t-il du racisme envers les Français ?

Plusieurs témoins en parlent, souvent sur le ton de la réticence ou de la blague. Salimou dit que ça existe. Raphaël a ressenti ça comme frontalier, plus que pour sa couleur de peau. Ce sont leurs ressentis, pas une règle.

C’est pire ou mieux qu’en France ?

Des témoins disent que c’est plus discret. Je n’ai pas de chiffre qui permette de comparer les deux pays de manière fiable, donc je ne trancherai pas.

Où trouver de l’aide en Suisse ?

Le Réseau de conseil pour les victimes du racisme recense les situations et oriente les personnes concernées. Tu trouveras les informations sur network-racism.ch.

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